P1050138

  

Harmonie du soir

Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir;
Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir;
Valse mélancolique et langoureux vertige !

Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir;
Le violon frémit comme un coeur qu'on afflige;
Valse mélancolique et langoureux vertige !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.

Leviolon frémit comme un coeur qu'on afflige:
Un coeur tendre,  qui hait le néant vaste et noir !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir ;
le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige.

Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige !
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige...
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir !

(Baudelaire)

 

013

 

Apparition

La lune s'attristait. Des séraphins en pleurs
Rêvant, l'archet aux doigts, dans le calme des fleurs
vaporeuses, tiraient de mourantes violes
De blancs sanglots glissant sur le l'azur des corolles,
- C'était le jour béni de ton pr
emier baiser.
Ma songerie aimant à me martyriser
S'énivrait savamment du parfum de tristesse
Que même sans regret et sans déboire laisse
La cueillaison d'un Rêve au coeur qui l'a cueilli.
j'errais donc, l'oeil rivé sur le pavé vielli
quand avec du soleil aux cheveux, dans la rue
Et dans le soir, tu m'es en riant apparue
Et j'ai cru voir la fée au chapeau de clarté
qui jadis sur mes beaux sommeils d'enfant gâté
Passait,  laissant toujours de ses mains mal fermées
Neiger de blancs bouquets d'étoiles parfumées.

(Mallarmé )

665